Témoignage d’une sage-femme AAD au temps du COVID-19

AAD en temps de pandémie, ou l’amour au temps du corona !

Mon accompagnement des naissances à domicile prend encore plus son sens en ces temps particuliers de confinement.

« Restez chez vous ! » clament ils partout !

Alors elles restent chez elles !

Certaines avaient déjà ce projet en cours, pour d’autres la situation a provoqué un déclic.

Celles qui ont demandé très vite, en dernière minute, par peur du risque de contamination à l’hôpital ou de l’absence possible de leur conjoint, n’ont pour la plupart pas persévéré dans leur projet.

Voilà ce que j’ai pu observer.

Il est certain que l’AAD doit être un vrai projet, à fortiori pour le domicile et non pas contre l’hôpital.

De mon côté j’ai accepté 2 naissances supplémentaires pour des couples qui étaient dans une demande de physiologie et mûrs pour franchir le pas vers le domicile.

Il a fallu que le corona nous mette au pas pour passer le cap.

Avec l’évidence de se protéger efficacement en restant confiné au domicile, à l’abri du vilain virus.

Avec la certitude pour le couple de ne pas être séparés.

Avec la certitude pour la femme d’avoir présence et soutien de son homme, son point d’appui principal, après elle même.

Avec les prérequis d’un dossier médical favorable, et quelques rdv pour se connaître,s’accorder, accorder la confiance mutuelle.

Et il y a 2 jours, j’ai eu la chance d’accompagner Alice, pour son 2e bébé et le 2e accouchement avec moi.

Masquée, gantée, en blouse d’hôpital, certes ! Réadaptation sanitaire oblige !

Silence absolu dans la ville confinée et figée. Quelque chose d’irréel flotte…

Silence dans la maison, pas de musique, juste quelques souffles, quelques râles.

Etre juste gardienne de l’espace, permettre par le silence et le calme une validation tacite de sa capacité à enfanter, des ressources de son corps qui l’ont si merveilleusement guidée.

Proposer de « souffler le col », entendre qu’elle sent l’ouverture !

Comprendre ce qui se passe dans son corps par tous les petits changements qui s’imposent à elle, postures et sons. Il s’engage, il descend, il se rapproche à pas feutrés. Elle semble à peine avoir mal.

Silence, entrecoupé de quelques grondements de tonnerre. Certes le ciel était là !

Car par cette chaude après midi d’avril 2020, l’orage aussi était au rdv.

Puis elle le sent, elle monte un genou, elle met sa main, l’accueille au creux, il glisse d’elle comme une plume, dans une douceur infinie et un presque silence…

Certes en ces temps de peurs et d’incertitude, l’AAD est une certitude, aussi pour la raison essentielle que le monde a plus que jamais besoin de magie et d’amour ! De femmes puissantes et d’instinct de vie !

E.O, sage-femme