Rencontre de l’APAAD avec le CNGOF et la FFRSP : Tisser les liens

Novembre a été riche de rencontres pour notre association. Bien sûr il y a eu les journées du CDAAD 2019 mais pas seulement! Nos équipes ont été reçues par le Collège National des Gynécologues Obstétriciens de France (CNGOF) et par la Fédération Française des Réseaux de Santé Périnatale (FFRSP). Une grande première pour la communauté AAD.

Rencontre CNGOF – APAAD: respect du droit des femmes et sécurisation des transferts

L’APAAD a rencontré le CNGOF représenté par les Pr Deruelle et Nizand.

Nos échanges étaient orientés autour de la question de la collaboration entre les professionnels de l’AAD et ceux de l’offre hospitalière.

Tous autour de la table ont conscience que les enjeux actuels sont de mettre en place des conditions d’accueil respectueuses des droits et des besoins essentiels des femmes dans les maternités et de trouver des réponses aux problématiques de manque de financement, de personnel insuffisant, d’éloignement des maternités, d’ouverture d’espaces physiologiques…

Le CNGOF nous a affirmé défendre l’objectif «one-to-one» soit «une femme – une sage-femme» et l’ouverture des plateaux techniques hospitaliers à toutes les sages-femmes. Nous ne pouvons que partager cette vision et l’encourager pour le bien des femmes souhaitant ou devant accoucher à l’hôpital.

Dans l’état actuel, le CNGOF évalue l’AAD comme une option montrant l’échec de l’hôpital à répondre aux besoins d’une minorité de femmes, qui selon eux, si elles pouvaient bénéficier du «one-to-one» et d’aménagements «naturels» dans toutes les maternités, n’auraient plus besoin de choisir l’AAD. Nous avons pu témoigner que malgré tous les aménagements et la création de maison de naissance, l’AAD reste un véritable choix que certaines familles ne remplaceront par aucun compromis hospitalier.

En effet si l’AAD peut être un choix en réaction à des violences obstétricales ou de mauvaises expériences hospitalières, il est le plus souvent un choix éclairé et guidé par la confiance des femmes dans le processus de naissance, l’envie d’intimité et de naissance en famille.

Aussi pour nous la préoccupation principale est l’accueil des femmes souhaitant un AAD pour des ouvertures d’un dossier anesthésie +/- obstétrical (dépend des accords locaux) afin d’anticiper et faciliter un éventuel transfert. La seconde préoccupation est que, si transfert il y a, les sages-femmes et leurs patientes puissent être accueillies cordialement et collaborer avec les équipes hospitalières en se centrant sur la femme. Nous savons à quel point la communication et la coordination sont des clés des prises en charge urgentes.

Les Pr Nizand et Deruelle, s’ils ne souhaitent pas promouvoir l’AAD, ont affirmé que tous les hôpitaux devraient effectivement travailler en partenariat avec les sages-femmes lors des transferts et leur proposer l’accès au plateau technique de l’établissement. Ils nous ont affirmé leur soutien sur ce point.

Rencontre FFRSP – APAAD : groupe de travail national visant à uniformiser les procédures de transfert AAD

Nous avons présenté notre vision de l’AAD au CA de la FFRSP. Notre objectif était de présenter nos travaux et de proposer un travail commun visant à uniformiser les procédures de transfert AAD sur le territoire.

Les réseaux de santé périnataux sont en effet en charge de la mise en place et de l’optimisation des transferts dans une région. Le fameux «maillage territorial»! Le fait d’élaborer des procédures uniformes sur le territoire permettrait d’optimiser les transferts lors des AAD.

Le travail avec les réseaux pourrait également permettre un suivi des AAD dans chaque région afin de les quantifier et organiser un suivi national comme pour les autres naissances ayant lieu à l’hôpital.

Si les avis sur l’AAD étaient plus que partagés à notre arrivée, nous avons eu la joie de voir les pensées évoluer en cours de réunion, avec la mise en lumière de notre rapport 2018 et nos propositions. Un des gynécologues présent nous a même offert une belle analogie en comparant notre combat et nos efforts à ceux des militants de l’IVG et de la contraception qui ont organisé une désobéissance civile et refusé d’abandonner les femmes.

La FFRSP va réfléchir à inscrire la question de l’AAD dans ses travaux et nous ne pouvons pas imaginer qu’il en soit autrement.

Et si problèmes, à qui la faute?!

Si le travail d’intégration de l’AAD au système de soin est si complexe en France, c’est principalement par la peur de la responsabilité médico-légale. Nous avons pu constater à quel point cette peur peut conduire les professionnels à des attitudes autoritaristes, voire violentes. La question du lieu de naissance n’y échappe pas.

Pour autant si nous nous placions uniquement du point de vue médico-légal, faisant fi de la littérature scientifique rassurante sur l’AAD, qui seraient les professionnels pouvant être accusés de mettre en danger les femmes?

Ceux qui les accompagnent dans leur choix et militent pour que ceux-ci soient reconnus, ou ceux qui s’obstinent dans une offre de service de santé unique et veulent imposer leur vision de la naissance, quitte à laisser des femmes accoucher seules et sans professionnel qualifié?!

Beaucoup de professionnels de santé et surtout hospitaliers, s’interrogent aujourd’hui sur la question des AAD et ont peur de ce qui se passerait s’ils acceptaient de travailler avec des sages-femmes AAD. Ils ont, entre autres, peur que leur soit reprochée leur implication en cas de complication.

Nous souhaitons retourner la question: Que se passerait-il si des complications survenaient lors d’un transfert parce qu’ils ont refusé de donner les moyens à la sage-femme d’anticiper ce transfert ou de faire des transmissions? Que se passerait-il si des complications survenaient parce qu’une femme a préféré accoucher seule, à défaut de sage-femme AAD, plutôt qu’aller à l’hôpital? Que se passerait-il si les zones sans sage-femme AAD laissent la place aux charlatans de toute sorte?

Un virage prochainement

En une année l’APAAD a pu prendre des contacts solides avec les différents acteurs de la naissance. Nous constatons désormais une ouverture et un changement de positionnement. Les débats sur les violences obstétricales et gynécologiques ont permis de remettre les femmes au centre de la naissance et de sortir du postulat que «tout est autorisé au nom de sacro-saint fœtus». Les professionnels ne peuvent plus se permettre de décider pour les femmes sous prétexte de les protéger ou de sauver leur bébé.

Ce mouvement vient également faire tâche d’huile sur la question de l’AAD. D’ailleurs l’Institut de Recherche et d’Action pour la Santé des Femmes (IRASF) répertorie «l’absence de choix et de diversité dans l’offre de soin» comme un des neuf critères de violence (1).

De leur côté les sages-femmes AAD osent enfin faire valoir leur leadership et leur connaissances uniques. Elles osent s’afficher au grand jour pour tenter de tisser des liens entre les différentes approches de naissance, refusant de céder à la peur et aux menaces subies depuis près de 15 ans maintenant.

Les deux milieux s’ouvrant l’un à l’autre, un langage commun prenant vie, nous pouvons désormais apercevoir un climat de bienveillance et d’alliance au service des femmes quelques soient leurs choix et leurs besoins.

Une saine interdépendance est en construction!

1/ https://www.irasf.org/definition-violences-obstetricales-gynecologiques/