La question des transferts d’accouchements accompagnés à domicile

Alors que la question des transferts d’accouchements accompagnés à domicile vers une structure hospitalière est souvent au cœur des débats, une sage-femme AAD nous partage son expérience de ces situations :


« Un petit mot à l’attention des collègues sages-femmes hospitalières,
J’ai parfois (voire souvent dans certaines structures) des retours catastrophiques de mes patientes en projet d’AAD qui viennent s’inscrire en maternité auprès d’une sage-femme de consultations en prévention d’un éventuel transfert.
Certaines femmes reçoivent un discours extrêmement infantilisant et dénigrant vis à vis de leur projet. On leur parle de risque de mort pour leur bébé, pour elles, etc… On leur fait savoir qu’elles seront sûrement mal reçues par les médecins en cas de transfert, elles ont souvent la pression pour subir un toucher vaginal (à 37 SA quel intérêt alors qu’il y a un suivi mensuel complet par ailleurs ???).
Je ne suis pas contre le fait de parler des risques aux femmes, ça fait partie de l’information, mais dans ce cas, les risques doivent être expliqués au regard des études en vigueur sur les AAD dans le cadre de grossesses à bas risque et non sur les fantasmes personnels des professionnels… Et je me questionne sur le fait qu’on informerait de la même manière une femme qui fait le choix d’accoucher en maternité sur les risques qu’elle encoure ?!
Ce type de consultation est malheureusement contre productif. Il braque les femmes et les insécurise complètement… Elles flippent à l’idée de mettre les pieds à la maternité, reviennent en me disant : « Hors de question de mettre les pieds là bas ! » « Mais tu me promets qu’en cas d’urgence vitale, ils vont bien s’occuper de moi ? »

Et voilà comment en 20 min, on a saboté une bonne partie du travail pré natal…

J’en profite pour saluer mes collègues de certains centres hospitaliers qui à l’inverse, ont un discours extrêmement positif et rassurant auprès des femmes, à l’écoute de leur projet de naissance. Ça me donne des retours du style : « Je suis rassurée, si je dois y aller ce sera en toute confiance ! » ou « Si je n’avais pas été si motivée à l’AAD, j’aurais presque eu envie d’aller y accoucher ! ». Donc oui c’est possible ! Les femmes en projet d’aad ne sont pas forcément des écervelées inconscientes anti-médicales.

Il y a un monde entre un transfert où je passe la main en faisant des transmissions express dans le couloir puis où l’on me ferme la porte au nez, et celui où je suis accueillie avec le couple, que je peux passer le relais dans la salle d’accouchement en prenant le temps de sécuriser la femme, de la rassurer sur la suite des évènements et lui présenter l’équipe qui va prendre le relais, où je peux ensuite faire des transmissions complètes dans le bureau de la maternité avec un thé ou un café et échanger avec mes collègues sur les spécificités et les besoins du couple en question. La satisfaction de toutes les parties est améliorée : celle du couple qui se sent alors considéré dans sa spécificité et entendu dans ses besoins autour de l’accueil de son bébé, celle de l’équipe hospitalière qui aura gagné la confiance de la femme qui arrive entre ses mains, et celle de la sage-femme libérale qui se sent intégrée à ce travail d’équipe et peut faire un pivot intéressant entre le domicile et l’hôpital.

Donc, dans l’intérêt de tout le monde vous aurez compris qu’il vaut mieux accueillir le projet de ces femmes avec bienveillance. Je comprends que c’est plus facile quand vous avez une équipe qui suit, mais je rappelle que vous avez une autonomie professionnelle !

Et si vous cherchez des études et statistiques sur les risques de l’aad, les taux de transferts, urgences, complications, etc, pour mieux informer les patientes, bienvenue sur www.apaad.fr !

Je fais le rêve que pour 2020, Année de la Sage-Femme, on puisse jeter aux oubliettes le vieux credo « la sage-femme, meilleure ennemie de la sage-femme ». Pour une meilleure coopération entre toutes ! »

Eléonore PICQ