Campagne de Recensement des sages-femmes accompagnant les naissances à domicile en France

En début d’année l’APAAD a effectué le recensement des sages-femmes accompagnant les accouchements à domicile (AAD).
En effet, les listings que l’on peut trouver n’étaient pas à jour, souvent des demandes de contacts pour des patientes restent sans réponse et nous spéculons régulièrement sur le nombre de sages-femmes en activité, car celui-ci est fluctuant.
Il nous semblait donc essentiel de faire le point, et je me suis chargée de contacter directement chaque sage-femme pour la mise à jour. Je me suis basée sur le listing de Sophie Lavois, de l’ANSFL, et le mailing group « pour agir ensemble » (PAE). Ces échanges ont également été l’occasion d’informer mes consœurs sur la création de notre association, issue d’un groupe de travail motivé de sages-femmes de PAE.
Ce travail a donné des informations précieuses.

Démographie des sages-femmes AAD
Il y a donc 115 sages-femmes en France concernées par la pratique de l’AAD dont 81 pratiquent actuellement. 8 sont en pause et 26 ont arrêté pour raisons professionnelles ou personnelles.

Activité
Le nombre moyen d ‘AAD par an est de 1820. Si on rajoute les AAD potentiels des sages-femmes ne pratiquant plus (en pause ou en arrêt) on arrive à un total de 2260 AAD par an.

Chasse aux sorcières ?
On répertorie 24 plaintes contre des sages-femmes AAD ces dernières années.
11 plaintes concernent des sages-femmes actuellement en activité, 4 concernent des sages-femmes en pause et 9 concernent des sages-femmes en arrêt.
Des pressions ou menaces sans plaintes sont relatées par 7 sages-femmes (3 venant des Conseils Départementaux de l’Ordre des Sages-femmes et 4 de maternités)
Concernant l’origine des plaintes :
_ 5 viennent de Gynécologues-Obstétriciens
_ 5 viennent des Conseils Départementaux de l’Ordre des sages-femmes
_ 2 viennent d’Agences Régionales de Santé
_4 viennent d’autres acteurs (médecin généraliste, SAMU, procureur de la république)
_8 viennent de patientes
Concernant l’issue des plaintes :
_ 8 plaintes ont été classées sans suite
_ 1 a été suivie d’un avertissement
_ 1 a été suivie d’un blâme
_ 4 ont donné lieu à des interdictions d’exercice temporaires ou partielles (1 mois, 1 an,
interdiction d’exercer les AAD avec la possibilité de poursuivre une activité libérale), la 4ème n’étant pas précisée
_ 4 ont été suivies de radiations
_ 5 plaintes sont en cours de traitement.
_ On note aussi 1 sage-femme ayant dû rembourser des actes à la CPAM

Perspectives
Je regrette de ne pas avoir demandé d’autres renseignements, tels que les dates de début et de fin d’activité, mais j’ai eu le sentiment qu’une nouvelle génération de jeunes sages-femmes se lance dans l’aventure de l’AAD, quelquefois juste après leur diplôme, ou après une carrière très courte en maternité.

J’ai également eu le sentiment qu’il y a une conscience, une évidence et un besoin de travailler dans le respect de la physiologie et des femmes et que cela est plus fort que les peurs ! Conscience aussi, peut- être, des violences obstétricales infligées aux femmes, mais aussi de la violence infligée aux sages-femmes.

J’ai personnellement pris conscience de cela très fortement lors des congrès de Midwifery Today, car c’est une thématique qui y est toujours présente. J’ai été émue de témoignages de jeunes collègues dévastées par ce qu’elles subissaient ou devaient faire subir. Il y a d’ailleurs des sages-femmes qui désertent rapidement notre profession, dépitées, déçues également d’un manque de reconnaissance.
J’ai entendu plusieurs fois les difficultés en lien avec cet exercice particulier. Outre les pressions ou menaces du système, il y a la difficulté d’articuler vie familiale et professionnelle, la lourdeur de l’astreinte, des distances à parcourir faute de collègues proches ou le besoin de trouver une collaboratrice.

Quelques unes ont fait le choix principal d’un plateau technique ou d’une maison de naissance et ne pratiquent que rarement les AAD, qu’elles ont abandonnés du fait de ces difficultés.
Mais d’autres exercent quasiment exclusivement cette pratique.

Nous avons un besoin essentiel de créer du lien entre nous, échanger, coopérer, nous soutenir.
Des groupes de pair commencent à se réunir, afin de se connaître mieux, de partager les pratiques, de travailler sur les problématiques communes (par ex les transferts SAMU).
L’essor du groupe « Pour agir ensemble » est significatif de ce besoin et d’un tissage de liens qui se met en place.
Cette notion de communauté de sages-femmes, de connexion est une évidence outre-atlantique, le Midwifery Today en témoigne. Je sens que c’est quelque chose qui commence à prendre forme ici aussi… Je le sens avec bonheur, car c’est dans cette communauté que je m’inscris et prend place.

L’APAAD a pour vocation de nous rassembler autour de nos pratiques, nos valeurs, notre éthique, d’asseoir notre légitimité, et cette aventure est bien prometteuse !

Emmanuelle OUDIN, membre du conseil d’administration de l’APAAD.

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