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Quand des Hommes de science parlent de leurs peurs et de leurs croyances comme d’une vérité…

Dans le Dauphiné libéré du 04/02/2020, voici l’interview que nous pouvions lire dans un dossier sur l’accouchement à domicile. L’APAAD souhaite revenir dessus tant les propos du gynécologue interviewé sont caractéristiques des préjugés et données biaisées que la communauté médicale se permet souvent de véhiculer sans le moindre recul.

« L’AAD c’est d’abord une très grande prise de risque »

Faut-il encore revenir et re-citer les données épidémiologiques 2018 de l’APAAD [1], les études internationales récentes sur le sujet ou les prises de positions des fédérations professionnelles internationales ?!

Apparemment oui et pourtant… Les professionnels ont le devoirs de fournir une information « éclairée » et « loyale » aux patients. Que ce soit en consultation ou en rendez-vous, informer sur la base de ses croyances personnelles, de ses propres peurs ou de son (in)expérience n’est pas une information éclairée et loyale mais une information partiale.

Le mythe des PAYS-BAS

Dans tous les débats, les Pays-Bas sont cités en référence et notre système de santé opposé au leur. Les Pays-Bas auraient un système miraculeux inapplicable en France. Dans l’interview, le gynécologue va jusqu’à justifier cette différence par le fait que les Pays-Bas sont plats et denses.

Pour rappel l’AAD n’existe pas uniquement dans des pays « plats ». Comment ont fait nos voisins suisses avec leurs montagnes et nos cousins canadiens avec les distances considérables qui les séparent ?! excusez-nous pour l’ironie du ton mais cet argument est plus que contestable.

Ensuite nous ne serions pas assez bien organisés en France, nous n’aurions pas la capacité de sécuriser nos transferts. Cela est quand même surprenant d’un pays qui a su développer l’hospitalisation à domicile avec pour mission à cette dernière, comme le dit la Direction Générale de l’Organisation des Soins (DGOS), de prendre en charge le plus exigeantes des situations [2].

D’ailleurs dans différentes régions de France, et pas les mieux desservies en maternité d’ailleurs, des initiatives locales de partenariat avec des hôpitaux ou des SAMU démontrent à quel point, avec de la bonne volonté et du respect les uns envers les autres, il est possible de s’organiser de manière simple pour anticiper et optimiser les transferts d’AAD.

La France fait partie des 23 pays avec le meilleur système de soin au monde [3] et des 11 meilleurs en Europe [4]. Si elle est sortie en 2015 du « top ten » européen c’est du fait de la suppression du recourt direct aux spécialistes et de la tendance forte à la médicalisation et la prescription de médicaments [5]… Pécher par excès de zèle en terme de santé, cela est assez caractéristique de notre pays et le parallèle avec la gestion de la périnatalité est criant.

« La mortalité néonatale s’est effondrée par notre seule offre de soin moderne »

Évidemment passage obligé de toute bonne interview anti AAD… la médecine-sauveur !

Nous le redisons l’APAAD est une association défendant la possibilité de l’accompagnement des accouchements à domicile par des professionnels de santé qualifiés. Nous ne sommes nullement anti-médicalisation mais pour une médicalisation raisonnée de la naissance réservée au seul cas où celle-ci est nécessaire.

Nous vous renvoyons à notre autre article sur la médicalisation de la naissance [6] et en quoi ce n’est pas elle qui a fait diminuer la mortalité mais bien les conditions de vie. La médecine est venue quant à elle améliorer le pronostic des situations pathologiques or être enceinte et accoucher n’est pas en soi une pathologie. Si l’APAAD défend aujourd’hui l’intégration de l’AAD au système de soin français c’est bien pour faciliter l’identification et la prise en charge des situations pathologiques et recourir aisément au système hospitalier quand celui-ci devient nécessaire.

« Nous n’avons pas à imposer nos délires intellectuels à nos enfants »

Et le voici, le voilà, le propos patriarcal que nous aimons tant.

Nous aimerions savoir ce qui relève du « délire intellectuel » ? Faire un choix sur la base de données épidémiologiques internationales en faveur de ce choix ? S’interroger sur les dimensions éthiques de la naissance ? Prendre le temps d’analyser nos besoins individuels au regards des sciences modernes plaidant pour la nécessaire (re)humanisation de la naissance ? Le tout en demandant à pouvoir être accompagné pour cela d’un-e sage-femme formé-e et respecté-e pour ses compétences…

En quoi le choix éclairé de femmes et d’hommes devrait relever du délire par le simple fait qu’il ne colle pas à la pensée dominante et la principale offre de soin de notre pays ? En quoi l’autre, s’il est différent est-il forcément fou et dénigrable à souhait ?!

Vous avez 4h avant de rendre votre copie 😉

Nous ne répondrons pas à toutes ces questions mais vous invitons à réellement vous interroger… Comment des professionnels au cœur de l’humain peuvent faire preuve d’autant de condescendance vis-à-vis de ceux dont ils doivent prendre soin, au lieu de chercher à les comprendre et les accompagner dans leur singularité.

« Ont fait beaucoup de battage sur les AAD et maisons de naissance (MDN) alors que globalement la demande de la population va dans l’autre sens »

Effectivement même dans les pays où AAD et MDN sont bien intégrés la majorité des familles accouchent à l’hôpital. Mais pourquoi fait-on autant de battage ? Tout simplement parce qu’il est inadmissible que des citoyens soient stigmatisés ou privés de leur droits à choisir pour eux-mêmes du fait d’une pensée dominante écrasante.

L’autre point qui attire sûrement autant la curiosité sur les AAD et les MDN est probablement ce que ces pratiques nous révèlent sur l’enfantement et la force des femmes. Cela attire inévitablement l’intérêt après plusieurs décennies à (faire) croire que le corps des femmes était faible, incapable de mettre au monde sans la technique… après plusieurs générations de femmes ayant vécu la naissance de leur enfant comme le « plus beau jour de leur vie » mais aussi une immense violence ou l’occasion de gestes et humiliations indicibles.

L’AAD et les MDN en démontrant qu’une autre façon de mettre au monde est possible, attirent oui, et c’est tant mieux, car ils permettent également un changement de paradigme dans les hôpitaux qui effectivement correspondent à la plupart des futurs parents. Ils permettent aux familles d’avoir le choix et de s’interroger sur la façon dont ils accueilleront leur enfant, y compris au sein des hôpitaux. Ils permettent aux petits humains que leurs parents les mettent au monde en s’interrogeant sur le sens de « l’accueil » justement. Ils permettent aux professionnels de découvrir une approche salutogénique de la naissance et de modifier leurs accompagnement au regard des besoins essentiels des femmes qui accouchent [7].

En conclusion, merci à ce Médecin de nous avoir donné l’occasion de revenir sur tous ces points, et nous engageons vivement les professionnels de tout bord à réellement s’informer, se former et réfléchir à leur posture vis-à-vis des familles.

Nous ne voudrions pas paraître moralisateur ou à notre tour condescendants, nous avons-nous même cheminé vers le défi de l’alliance du « sécuritaire » et du « choix de l’intime ». Nous savons et vivons à quel point il est difficile dans cette société du risque et de la norme, de travailler en respectant la singularité des personnes. Toutefois nous ne pouvons plus accepter d’être mal mené-e-s, autant familles que sages-femmes, sous prétexte d’être bienveillants. Nous voulons faire le pari que les professionnels de santé ont les capacités et le respect de leur patient suffisant pour être capable de se remettre en question.

Nous voulons faire le pari d’une saine interdépendance et d’un système de santé du « ET » plutôt que du « OU », une offre périnatale du « choix ».

Floriane Stauffer-Obrecht, Pour l’APAAD


N.B nous ne ciblons nullement le gynécologue interviewer en tant que personne mais nous nous basons sur ses propos de manière générale

  1. http://www.apaad.fr/wp-content/uploads/2019/09/ETAT-des-LIEUX-AAD-FRANCE-2018.pdf
  2. CIRCULAIREN°DGOS/R4/2013/398 du 4 décembre2013
  3. https://www.prosperity.com/rankings
  4. https://healthpowerhouse.com/media/EHCI-2018/EHCI-2018-press-release.pdf
  5. https://www.touteleurope.eu/actualite/les-systemes-de-sante-europeens.html
  6. http://www.apaad.fr/laccouchement-a-domicile-aussi-sur-qua-lhopital-une-nouvelle-meta-analyse-paru-en-aout-2019
  7. Ruth Ehrhardt, « Les besoins essentiels d’une femme qui accouche »

LES SAGES-FEMMES : DEFENSEURS DES DROITS DES FEMMES

Dans un monde où les droits des femmes ne sont jamais acquis, les sages-femmes se mobilisent chaque jour pour la protection de ces dernières. Ce combat historique est toujours d’actualité: les sages-femmes défendent sans répit le droit des femmes de vivre à l’abri du sexisme et des violences, l’accès aux soins et la liberté de disposer de leur corps.

Mais aujourd’hui, la parole des femmes est libérée : elles réclament le droit de choisir : choisir leur prise en charge, choisir leurs praticiens, choisir le lieu et la façon dont elles seront suivies.  »

Conseil National de l’Ordre des Sages-femmes – janvier 2020 – CONTRIBUTION RELATIVE A L’ACCÈS A l’IVG EN FRANCE

Aujourd’hui le combat des SF AAD n’est pas sans rappeler celui des praticiens qui aidaient les femmes pour les IVG et ce sont battus pour elle. Nous ne pouvons qu’espérer que notre Conseil National de l’Ordre affirment les mêmes droits des femmes aussi quant au choix du lieu de naissance.

Femme que voulez vous pour vos enfantement ?!


Dans tous les pays où le système de soin périnatal a changer réellement, que ce soit dans les hôpitaux ou pour l’accès aux maisons de naissance et aux Accouchements Accompagnés à Domicile , cela est passé par une mobilisation franche et visible des familles !

Un livre témoignages : Vies de Sages-Femmes

Un voyage polyphonique au cœur du métier de sage-femme

Sage-femme : un métier qui sonne comme une vocation, une passion. Mais c’est aussi un métier qui manque cruellement de reconnaissance !

Pourtant, les sages-femmes sont là pour toutes les femmes. Leur rôle ne se limite pas aux naissances, elles conseillent les femmes et les soutiennent dans tous les moments-clés de leur vie : la contraception, la grossesse, le suivi gynécologique, la sexualité, le dépistage des maladies, l’accouchement, la ménopause…

Ce recueil de témoignages donne la parole à ces professionnelles de la santé, pour qu’elles racontent leur quotidien, les obstacles et les réussites, les joies – et les peines. De Paris à Mayotte, de la campagne aux plus grandes villes, en exercice libéral ou salarié, dans le public ou le privé, des sages-femmes nous font découvrir les coulisses de leur métier : la relation avec les femmes, le couple, la famille, les collègues et autres professionnels de santé, les valeurs humaines ou les difficultés rencontrées…

Partez à la découverte de ces vies de sages-femmes au travers de témoignages inspirants, émouvants, engagés et parfois tristes – mais toujours vrais.

présentation video

La question des transferts d’accouchements accompagnés à domicile

Alors que la question des transferts d’accouchements accompagnés à domicile vers une structure hospitalière est souvent au cœur des débats, une sage-femme AAD nous partage son expérience de ces situations :


« Un petit mot à l’attention des collègues sages-femmes hospitalières,
J’ai parfois (voire souvent dans certaines structures) des retours catastrophiques de mes patientes en projet d’AAD qui viennent s’inscrire en maternité auprès d’une sage-femme de consultations en prévention d’un éventuel transfert.
Certaines femmes reçoivent un discours extrêmement infantilisant et dénigrant vis à vis de leur projet. On leur parle de risque de mort pour leur bébé, pour elles, etc… On leur fait savoir qu’elles seront sûrement mal reçues par les médecins en cas de transfert, elles ont souvent la pression pour subir un toucher vaginal (à 37 SA quel intérêt alors qu’il y a un suivi mensuel complet par ailleurs ???).
Je ne suis pas contre le fait de parler des risques aux femmes, ça fait partie de l’information, mais dans ce cas, les risques doivent être expliqués au regard des études en vigueur sur les AAD dans le cadre de grossesses à bas risque et non sur les fantasmes personnels des professionnels… Et je me questionne sur le fait qu’on informerait de la même manière une femme qui fait le choix d’accoucher en maternité sur les risques qu’elle encoure ?!
Ce type de consultation est malheureusement contre productif. Il braque les femmes et les insécurise complètement… Elles flippent à l’idée de mettre les pieds à la maternité, reviennent en me disant : « Hors de question de mettre les pieds là bas ! » « Mais tu me promets qu’en cas d’urgence vitale, ils vont bien s’occuper de moi ? »

Et voilà comment en 20 min, on a saboté une bonne partie du travail pré natal…

J’en profite pour saluer mes collègues de certains centres hospitaliers qui à l’inverse, ont un discours extrêmement positif et rassurant auprès des femmes, à l’écoute de leur projet de naissance. Ça me donne des retours du style : « Je suis rassurée, si je dois y aller ce sera en toute confiance ! » ou « Si je n’avais pas été si motivée à l’AAD, j’aurais presque eu envie d’aller y accoucher ! ». Donc oui c’est possible ! Les femmes en projet d’aad ne sont pas forcément des écervelées inconscientes anti-médicales.

Il y a un monde entre un transfert où je passe la main en faisant des transmissions express dans le couloir puis où l’on me ferme la porte au nez, et celui où je suis accueillie avec le couple, que je peux passer le relais dans la salle d’accouchement en prenant le temps de sécuriser la femme, de la rassurer sur la suite des évènements et lui présenter l’équipe qui va prendre le relais, où je peux ensuite faire des transmissions complètes dans le bureau de la maternité avec un thé ou un café et échanger avec mes collègues sur les spécificités et les besoins du couple en question. La satisfaction de toutes les parties est améliorée : celle du couple qui se sent alors considéré dans sa spécificité et entendu dans ses besoins autour de l’accueil de son bébé, celle de l’équipe hospitalière qui aura gagné la confiance de la femme qui arrive entre ses mains, et celle de la sage-femme libérale qui se sent intégrée à ce travail d’équipe et peut faire un pivot intéressant entre le domicile et l’hôpital.

Donc, dans l’intérêt de tout le monde vous aurez compris qu’il vaut mieux accueillir le projet de ces femmes avec bienveillance. Je comprends que c’est plus facile quand vous avez une équipe qui suit, mais je rappelle que vous avez une autonomie professionnelle !

Et si vous cherchez des études et statistiques sur les risques de l’aad, les taux de transferts, urgences, complications, etc, pour mieux informer les patientes, bienvenue sur www.apaad.fr !

Je fais le rêve que pour 2020, Année de la Sage-Femme, on puisse jeter aux oubliettes le vieux credo « la sage-femme, meilleure ennemie de la sage-femme ». Pour une meilleure coopération entre toutes ! »

Eléonore PICQ

Spectacle : la bascule du bassin

Chers membres de l’APAAD,
Il y a trois ans, à la faveur d’une résidence au CALM, maison de naissance des Bluets, j’ai écrit La bascule du bassin.L’histoire d’une femme qui accouche chez elle, au dessus du cercle polaire, en présence de sa mère, de sa grand-mère, d’un sage-femme homme, et d’un piano à queue livré ce matin-là.
Le spectacle sera créé en mars 2020.
Ce sera ma première mise-en-scène, et j’ai la chance de diriger les acteurs auxquels je pensais en écrivant : Mia Delmae, Maria de Medeiros, Evelyne Istria et Jean-Quentin Châtelain.
Nous avons 5 dates. Comme les doigts de la main.Je prépare ce spectacle depuis deux ans et le temps des représentations filera comme une poignée de main.
C’est pourquoi je me faufile en ces nuits les plus longues jusqu’au cœur de vos agendas, pour m’assurer de vos présences à l’un de ces 5 rendez-vous …
Les 6 & 7 mars scène nationale de Châteauvallon (théâtre couvert)Les 12 & 13 mars au théâtre de ChâtillonLe 21 mars à Fontenay sous-bois (salle Jacques Brel)
Pour réserver : Châteauvallon  Châtillon Fontenay-sous-bois
En faisant le vœu qu’une de ces soirées nous rassemble, Je vous souhaitant le meilleur en ces temps chaotiques qui méritent une bonne renaissance …

La bascule du bassin Texte et mise en scène :Isabelle Fruchart Avec :Mia Delmae, Maria de Medeiros, Evelyne Istria et Jean-Quentin Châtelain Assistante à la mise-en-scène : Marie Heck Mosser Décor :Frédéric Fruchart Lumières : Guillaume Parra Création sonore : François Vatin Composition musicale : Mia Delmae Costumes : Fiammetta Horvat Dessins :Amanda Aldebert «  Quel regard a-t-on posé sur votre mère alors qu’elle vous mettait au monde ? Le regard qu’on a posé sur elle, n’est-il pas le regard qu’on a posé sur vous ? Le regard qu’on a posé sur vous en train de naître, n’est-il pas le regard que l’on pose sur le monde ?Moi-même debout devant vous, ébloui, quelle est la manière dont je vous considère ? Qui regarde qui ? »
Production : Châteauvallon – scène nationale, Théâtre de Châtillon, Fontenay en scène, Cie Nous nous sommes tant aimés Avec le soutien du Théâtre Paris Villette, du CDN de Montreuil et de La Villette. Production déléguée : Hélène Icart – Prima Donna 

la question des transferts d’accouchements accompagnés à domicile

Alors que la question des transferts d’accouchements accompagnés à domicile vers une structure hospitalière est souvent au cœur des débats, une sage-femme AAD nous partage son expérience de ces situations :


« Un petit mot à l’attention des collègues sages-femmes hospitalières,
J’ai parfois (voire souvent dans certaines structures) des retours catastrophiques de mes patientes en projet d’AAD qui viennent s’inscrire en maternité auprès d’une sage-femme de consultations en prévention d’un éventuel transfert.
Certaines femmes reçoivent un discours extrêmement infantilisant et dénigrant vis à vis de leur projet. On leur parle de risque de mort pour leur bébé, pour elles, etc… On leur fait savoir qu’elles seront sûrement mal reçues par les médecins en cas de transfert, elles ont souvent la pression pour subir un toucher vaginal (à 37 SA quel intérêt alors qu’il y a un suivi mensuel complet par ailleurs ???).
Je ne suis pas contre le fait de parler des risques aux femmes, ça fait partie de l’information, mais dans ce cas, les risques doivent être expliqués au regard des études en vigueur sur les AAD dans le cadre de grossesse à bas risque et non sur les fantasmes personnels des professionnels… Et je me questionne sur le fait qu’on informerait de la même manière une femme qui fait le choix d’accoucher en maternité sur les risques qu’elle encoure ?!
Ce type de consultation est malheureusement contre productif. Il braque les femmes et les insécurise complètement… Elles flippent à l’idée de mettre les pieds à la maternité, reviennent en me disant « hors de question de mettre les pieds là bas ! » « Mais tu me promets qu’en cas d’urgence vitale, ils vont bien s’occuper de moi ? »

Et voilà comment en 20 min, on a saboté une bonne partie du travail pré natal…

J’en profite pour saluer mes collègues de certains centres hospitaliers qui à l’inverse, ont un discours extrêmement positif et rassurant auprès des femmes, à l’écoute de leur projet de naissance. Ça me donne des retours du style : « Je suis rassurée, si je dois y aller ce sera en toute confiance ! » ou « Si je n’avais pas été si motivée à l’AAD, j’aurais presque eu envie d’aller y accoucher ! ». Donc oui c’est possible ! Les femmes en projet d’aad ne sont pas forcément des écervelées inconscientes anti-médicales.

Il y a un monde entre un transfert où je passe la main en faisant des transmissions express dans le couloir et où on me ferme la porte au nez, et celui où je suis accueillie avec le couple, que je peux passer le relais dans la salle d’accouchement en prenant le temps de sécuriser la femme, de la rassurer sur la suite des évènements et lui présenter l’équipe qui va prendre le relais, où je peux ensuite faire des transmissions complète dans le bureau de la maternité avec un thé ou un café et échanger avec mes collègues sur les spécificités et les besoins du couple en question. La satisfaction de toutes les parties est améliorée : celle du couple qui se sent alors considéré dans sa spécificité et entendu dans ses besoins autour de l’accueil de son bébé, celle de l’équipe hospitalière qui aura gagné la confiance de la femme qui arrive entre ses mains, et celle de la sage-femme libérale qui se sent intégrée à ce travail d’équipe et peut faire un pivot intéressant entre le domicile et l’hôpital.

Donc, dans l’intérêt de tout le monde vous aurez compris qu’il vaut mieux accueillir le projet de ces femmes avec bienveillance. Je comprends que c’est plus facile quand vous avez une équipe qui suit, mais je rappelle que vous avez une autonomie professionnelle !

Et si vous cherchez des études et statistiques sur les risques de l’aad, les taux de transferts, urgences, complications, etc, pour mieux informer les patientes, bienvenue sur www.apaad.fr !

Je fais le rêve que pour 2020, Année de la Sage-Femme, on puisse jeter aux oubliettes le vieux credo « la sage-femme, meilleure ennemie de la sage-femme ». Pour une meilleure coopération entre toutes ! »

L’accouchement hospitalier est-il sécuritaire pour les femmes à bas risque et leur bébé ?

Le changement de paradigme est en route. Voici la conclusion d’un article (1) publié dans The Lancet:

 » Les preuves scientifiques qui soutiennent la sécurité de l’accouchement à domicile pour les femmes à bas risque accompagnées par des sages-femmes dans un cadre bien intégré sont désormais très convaincantes. Maintenant nous devrions peut-être nous demander : l’accouchement hospitalier est-il sécuritaire ou pérenne pour les femmes à bas risque dans les pays développés et en voie de développement ? Pour suivre cette voie nous devons changer de discours, et adopter une définition de la sécurité ressentie instinctivement par les femmes et à laquelle elles aspirent, notamment la sécurité physique, psychologique, sociale, culturelle et spirituelle. Il est temps que nous reconnaissons que tous les professionnels de la maternité doivent s’unir et se mettre d’accord sur les principes fondamentaux nécessaires pour s’assurer que les femmes disposent d’options sécuritaires au moment de choisir leur lieu d’accouchement, quelque soit ce choix. »

  1. Dahlen, H. G. (2019). Is it Time to Ask Whether Facility Based Birth is Safe for Low Risk Women and Their Babies?. EClinicalMedicine, 14, 9-10.

Rencontre de l’APAAD avec le CNGOF et la FFRSP : Tisser les liens

Novembre a été riche de rencontres pour notre association. Bien sûr il y a eu les journées du CDAAD 2019 mais pas seulement! Nos équipes ont été reçues par le Collège National des Gynécologues Obstétriciens de France (CNGOF) et par la Fédération Française des Réseaux de Santé Périnatale (FFRSP). Une grande première pour la communauté AAD.

Rencontre CNGOF – APAAD: respect du droit des femmes et sécurisation des transferts

L’APAAD a rencontré le CNGOF représenté par les Pr Deruelle et Nizand.

Nos échanges étaient orientés autour de la question de la collaboration entre les professionnels de l’AAD et ceux de l’offre hospitalière.

Tous autour de la table ont conscience que les enjeux actuels sont de mettre en place des conditions d’accueil respectueuses des droits et des besoins essentiels des femmes dans les maternités et de trouver des réponses aux problématiques de manque de financement, de personnel insuffisant, d’éloignement des maternités, d’ouverture d’espaces physiologiques…

Le CNGOF nous a affirmé défendre l’objectif «one-to-one» soit «une femme – une sage-femme» et l’ouverture des plateaux techniques hospitaliers à toutes les sages-femmes. Nous ne pouvons que partager cette vision et l’encourager pour le bien des femmes souhaitant ou devant accoucher à l’hôpital.

Dans l’état actuel, le CNGOF évalue l’AAD comme une option montrant l’échec de l’hôpital à répondre aux besoins d’une minorité de femmes, qui selon eux, si elles pouvaient bénéficier du «one-to-one» et d’aménagements «naturels» dans toutes les maternités, n’auraient plus besoin de choisir l’AAD. Nous avons pu témoigner que malgré tous les aménagements et la création de maison de naissance, l’AAD reste un véritable choix que certaines familles ne remplaceront par aucun compromis hospitalier.

En effet si l’AAD peut être un choix en réaction à des violences obstétricales ou de mauvaises expériences hospitalières, il est le plus souvent un choix éclairé et guidé par la confiance des femmes dans le processus de naissance, l’envie d’intimité et de naissance en famille.

Aussi pour nous la préoccupation principale est l’accueil des femmes souhaitant un AAD pour des ouvertures d’un dossier anesthésie +/- obstétrical (dépend des accords locaux) afin d’anticiper et faciliter un éventuel transfert. La seconde préoccupation est que, si transfert il y a, les sages-femmes et leurs patientes puissent être accueillies cordialement et collaborer avec les équipes hospitalières en se centrant sur la femme. Nous savons à quel point la communication et la coordination sont des clés des prises en charge urgentes.

Les Pr Nizand et Deruelle, s’ils ne souhaitent pas promouvoir l’AAD, ont affirmé que tous les hôpitaux devraient effectivement travailler en partenariat avec les sages-femmes lors des transferts et leur proposer l’accès au plateau technique de l’établissement. Ils nous ont affirmé leur soutien sur ce point.

Rencontre FFRSP – APAAD : groupe de travail national visant à uniformiser les procédures de transfert AAD

Nous avons présenté notre vision de l’AAD au CA de la FFRSP. Notre objectif était de présenter nos travaux et de proposer un travail commun visant à uniformiser les procédures de transfert AAD sur le territoire.

Les réseaux de santé périnataux sont en effet en charge de la mise en place et de l’optimisation des transferts dans une région. Le fameux «maillage territorial»! Le fait d’élaborer des procédures uniformes sur le territoire permettrait d’optimiser les transferts lors des AAD.

Le travail avec les réseaux pourrait également permettre un suivi des AAD dans chaque région afin de les quantifier et organiser un suivi national comme pour les autres naissances ayant lieu à l’hôpital.

Si les avis sur l’AAD étaient plus que partagés à notre arrivée, nous avons eu la joie de voir les pensées évoluer en cours de réunion, avec la mise en lumière de notre rapport 2018 et nos propositions. Un des gynécologues présent nous a même offert une belle analogie en comparant notre combat et nos efforts à ceux des militants de l’IVG et de la contraception qui ont organisé une désobéissance civile et refusé d’abandonner les femmes.

La FFRSP va réfléchir à inscrire la question de l’AAD dans ses travaux et nous ne pouvons pas imaginer qu’il en soit autrement.

Et si problèmes, à qui la faute?!

Si le travail d’intégration de l’AAD au système de soin est si complexe en France, c’est principalement par la peur de la responsabilité médico-légale. Nous avons pu constater à quel point cette peur peut conduire les professionnels à des attitudes autoritaristes, voire violentes. La question du lieu de naissance n’y échappe pas.

Pour autant si nous nous placions uniquement du point de vue médico-légal, faisant fi de la littérature scientifique rassurante sur l’AAD, qui seraient les professionnels pouvant être accusés de mettre en danger les femmes?

Ceux qui les accompagnent dans leur choix et militent pour que ceux-ci soient reconnus, ou ceux qui s’obstinent dans une offre de service de santé unique et veulent imposer leur vision de la naissance, quitte à laisser des femmes accoucher seules et sans professionnel qualifié?!

Beaucoup de professionnels de santé et surtout hospitaliers, s’interrogent aujourd’hui sur la question des AAD et ont peur de ce qui se passerait s’ils acceptaient de travailler avec des sages-femmes AAD. Ils ont, entre autres, peur que leur soit reprochée leur implication en cas de complication.

Nous souhaitons retourner la question: Que se passerait-il si des complications survenaient lors d’un transfert parce qu’ils ont refusé de donner les moyens à la sage-femme d’anticiper ce transfert ou de faire des transmissions? Que se passerait-il si des complications survenaient parce qu’une femme a préféré accoucher seule, à défaut de sage-femme AAD, plutôt qu’aller à l’hôpital? Que se passerait-il si les zones sans sage-femme AAD laissent la place aux charlatans de toute sorte?

Un virage prochainement

En une année l’APAAD a pu prendre des contacts solides avec les différents acteurs de la naissance. Nous constatons désormais une ouverture et un changement de positionnement. Les débats sur les violences obstétricales et gynécologiques ont permis de remettre les femmes au centre de la naissance et de sortir du postulat que «tout est autorisé au nom de sacro-saint fœtus». Les professionnels ne peuvent plus se permettre de décider pour les femmes sous prétexte de les protéger ou de sauver leur bébé.

Ce mouvement vient également faire tâche d’huile sur la question de l’AAD. D’ailleurs l’Institut de Recherche et d’Action pour la Santé des Femmes (IRASF) répertorie «l’absence de choix et de diversité dans l’offre de soin» comme un des neuf critères de violence (1).

De leur côté les sages-femmes AAD osent enfin faire valoir leur leadership et leur connaissances uniques. Elles osent s’afficher au grand jour pour tenter de tisser des liens entre les différentes approches de naissance, refusant de céder à la peur et aux menaces subies depuis près de 15 ans maintenant.

Les deux milieux s’ouvrant l’un à l’autre, un langage commun prenant vie, nous pouvons désormais apercevoir un climat de bienveillance et d’alliance au service des femmes quelques soient leurs choix et leurs besoins.

Une saine interdépendance est en construction!

1/ https://www.irasf.org/definition-violences-obstetricales-gynecologiques/

L’interview d’Amélie BATTAGLIA

Sage-Femme depuis plus de 10 ans, Madame BATTAGLIA HENNEGUELLE a eu la chance d’explorer plusieurs facettes de son métier : accompagnement global, sage-femme en centre de dépistage et en maison de  naissance.

Lors de ces années elle a été compagnonnée dans sa réflexion de sage femme par Jacqueline Lavillonière, et c’est  empreinte de toutes ces influences et avec un master de santé publique en poche, qu’elle poursuit aujourd’hui son activité libérale au sein de son cabinet de campagne. Toujours en recherche d’amélioration de sa pratique professionnelle et très curieuse dans le domaine de la santé, elle est également rédactrice à la revue PRESCRIRE

Lire l’interview complet : sur ce site