Actualités

État des Lieux de l’Accouchement Accompagné à Domicile en France en 2018

Une grande première en France, et enfin des éléments indiscutables qui prouvent que l’Accouchement Accompagné à Domicile offre non seulement une réelle sécurité, mais aussi qu’il favorise grandement la réalisation du projet de naissance respectée.

A lire et à diffuser. L’APAAD attend maintenant des instances de santé et des instances politiques les réponses aux questions qui sont posées en fin de dossier.

les documents en téléchargement

La science plaide pour les sages-femmes

https://www.ledevoir.com/societe/sante/411775/maternite-la-science-plaide-pour-les-sages-femmes

Dans leur déclaration commune, les dizaines d’experts qui ont participé au projet affirment que «la surmédicalisation de la grossesse menace de plus en plus la vie et le bien-être des femmes et de leurs familles, tant dans les pays riches que pauvres. «La philosophie [sage-femme] est aussi importante, ajoutent-ils. Elle vise à optimiser les processus biologiques, sociaux et culturels normaux de la naissance, et à réduire les interventions au minimum.»

Nouvelle étude sur la sécurité de l’accouchement à domicile : impact sur les croyances actuelles ?

Résumé : Régulièrement des études sur la sécurité de l’accouchement à domicile paraissent. La dernière en date affirme une fois de plus la sécurité de ce mode d’enfantement. Pour autant le paradigme médical patriarcal et sécuritaire ne tient que peu compte de ces éléments factuels. Nous vous proposons de revisiter cette notion du « risque obstétrical ».

Une étude de grande ampleur sur l’accouchement à domicile vient d’être publiée [1]. Cette méta-analyse avait pour objectif d’évaluer si la mortalité maternelle et infantile lors de l’accouchement et dans le premier mois qui suit est plus élevée à domicile qu’à l’hôpital. Les résultats d’environ 500.000 naissances prévues à domicile ont été comparés à des nombres similaires d’accouchements à l’hôpital dans ces huit pays, soit environ un million de naissances.

« De plus en plus de femmes dans les pays dotés de ressources importantes optent pour une naissance à la maison, mais l’inquiétude persiste quant à leur sécurité […] Cette recherche démontre clairement que le risque n’est pas différent lorsque la naissance est destinée à être à la maison ou à l’hôpital. […] Nos recherches fournissent des informations indispensables aux décideurs, aux prestataires de soins, aux femmes et à leurs familles lors de la planification de la naissance »

Eileen Hutton, professeure émérite d’obstétrique et de gynécologie à McMaster au Canada, directrice fondatrice du McMaster Midwifery Research Center et première auteure de l’article.

Méthodologie

L’équipe d’Eileen Hutton a utilisé les données provenant de 21 études publiées depuis 1990. Ces études comparaient les résultats d’accouchement à domicile et à l’hôpital en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Angleterre, aux Pays-Bas, au Japon, en Australie, au Canada et aux États-Unis.

La méthodologie est rigoureuse, publiée et validée par des pairs, et le choix des cohortes attentif à l’homogénéité des populations étudiées (comptabilisation de la parité par ajustement statistique ou appariement ) et à la définition de la population à bas risque. Contrairement à d’autres recherches l’équipe du « Mc Master Midwifery research » s’est en effet attaché à n’inclure que des études où les femmes désirant accoucher à domicile avaient été suivies et dont l’accouchement s’inscrivait dans le cadre du bas risque obstétrical. Ce critère est la condition sine qua none pour la programmation d’un accouchement accompagné à domicile (AAD) dans l’hexagone également.

Synthèse des résultats

L’étude n’a pas retrouvé de différence significative de mortalité maternelle ou néonatale entre les femmes prévoyant d’accoucher à domicile ou à l’hôpital. Ces résultats sont valables quelle que soit la parité de la femme et le niveau d’intégration des sages-femmes et de l’AAD au système de soin périnatal national.

Un score Apgar inférieur à sept à 5 minutes (enfant ayant une mauvaise adaptation à la vie extra-utérine) est apparu moins fréquemment parmi les accouchements prévus à la maison que les accouchements à l’hôpital chez les multipares et quand les sages-femmes étaient bien intégrées au système de soin.

Le nombre d’admission de nouveau-nés en service de soins néonataux est égal ou significativement moindre pour les enfants nés à domicile que pour ceux né à l’hôpital.

Peut-on en tirer des conclusions pour la France ?

Aucune donnée française n’y figure puisqu’à ce jour ce mode d’accouchement n’est pas évalué en France et il n’existe pas d’outils de recueil de données officiel le concernant. Quelques rares travaux universitaires français s’y sont intéressés mais leur puissance statistique n’est pas suffisante pour faire partie d’une telle méta-analyse.

Pour autant la principale conclusion est que la mortalité mère/enfant n’est pas impactée par le choix du lieu de naissance chez les femmes à bas risque, quel que soit le niveau d’intégration des sages-femmes dans le pays. Il n’y a donc aucune raison que ces éléments ne s’appliquent pas à la France, qui est un pays aussi développé que les pays où ont eu lieu les études. C’est-à-dire avec des conditions de vie et d’accès aux soins comparables, une organisation de la santé périnatale tout aussi efficiente et un niveau de formation des sages-femmes tout aussi performant.

Seul le score d’Apgar à 7 minutes semble dépendre du niveau d’intégration des sages-femmes. Cela peut s’expliquer par le fait que plus les professionnelles sont intégrées, plus le recourt au transfert perpartum est aisé, et plus elles ont accès à des formations médicales continues. En France si l’AAD est peu intégré, les sages-femmes en revanche le sont parfaitement (formation initiale universitaire, intégration aux réseaux périnataux, régulation de la profession, obligation et financement de la formation continue…). Des améliorations sont toutefois souhaitables et possibles et c’est l’un des principaux objets de notre association APAAD.

Devrions-nous nous réjouir de cette nouvelle publication ?

Comme à chaque parution d’une étude du genre, la communauté sage-femme s’empresse de diffuser l’information et les défenseurs de l’AAD, parents ou professionnels, se font le relais de celle-ci et se réjouissent. Cependant malgré d’autres études déjà parues, malgré le positionnement d’instances internationales de plus en plus nombreuses, la France reste à l’heure actuelle enlisée dans une situation difficile pour les sages-femmes AAD et les familles souhaitant accoucher chez elles.

L’APAAD a parmi ses objectifs de publier un rapport épidémiologique de l’AAD chaque année afin de fournir aux décideurs, comme au grand public, des données fiables sur la sécurité de l’AAD dans notre territoire.

En effet dans notre pays, la plupart des décideurs et instances scientifiques en appelle encore au supposé risque « accru » de l’AAD pour, au mieux ne pas aider à l’intégrer au système de soin, au pire essayer de le faire disparaître de notre territoire. Il est étonnant de constater comment une société de « l’évidence par les preuves » reste enfermée dans des préjugés et ne veut pas voir lesdites « preuves » en matière de naissance.

Retour au Moyen Âge ?! Avant femmes et bébés mouraient massivement en couches non ?

Parmi nos contemporains, de la gynécologue à la sage-femme, de la boulangère au bibliothécaire, tous ont intégré l’idée qu’avant la naissance hospitalière, la mortalité maternelle et infantile était élevée et que c’est la médicalisation à elle seule qui aurait apporté le salut des malheureuses. La croyance est bien inscrite dans notre inconscient collectif.

Pourtant lorsque l’on étudie l’histoire des femmes et de la maternité comme l’ont fait notamment Marie-France Morel, Yvonne Knibiehler ou Paul Cesbron, ce sont d’autres données qui apparaissent.

Évidemment, notre propos n’est pas de dire que la médecine n’a pas son intérêt ; nous sommes nous-mêmes des professionnelles médicales ; mais de comprendre le contexte qui a mené à l’actuel paradigme.

Tout d’abord il faut remettre la mortalité en couches dans le contexte de la mortalité globale des différentes époques. Le parallèle entre les conditions de vie et la santé des populations n’est plus à démontrer et le parallèle entre le niveau de santé des mères et l’issue de leur accouchement non plus, grâce entre autres, aux travaux de la statisticienne Marjorie Tew[2]. Aussi dans des périodes où les femmes étaient plus nombreuses à être « à risque » leur mortalité et celle de leur nouveau-né l’était donc tout autant.

Un exemple intéressant lorsqu’on étudie la période allant du XVIIème siècle à nos jours est que les records de mortalité maternelle furent observés en mai 1856 à la maternité de Port Royal et ceux de la mortalité infantile chez les bébés abandonnés de l’assistance publique durant la même période [3]. Qu’est-ce que cela nous dit ?

A l’époque de ce pic de mortalité où les femmes accouchaient majoritairement chez elles, les hôpitaux était le lieu où accouchaient les miséreuses sans domicile, les prostitués, les filles-mères, les femmes enceintes hors mariage qui avaient dû fuir famille et village. En résumé il s’agissait des lieux pour des femmes fortement vulnérables tant psychiquement que physiquement, carencées notamment en vitamine D créant des anomalies du bassin, exposées aux facteurs infectieux et dénutries. Les conditions d’hygiène et de soins au sein de l’hôpital étaient aussi bien médiocres.

Les bourgeoises et les paysannes accouchaient, elles, avec leur sage-femme, à leur domicile.

Plus tôt encore, les premiers médecins qui avaient à intervenir lors des accouchements étaient appelés en dernier recours. Les délais et conditions d’intervention et d’hygiène étaient alors bien loin des nôtres, les praticiens avaient bien peu de connaissances. Les créateurs de l’obstétrique du XVIIème siècle ont donc fondé leur art sur des cas hautement pathologiques, à l’issue prévisiblement tragique. Ils n’observaient jamais ou très rarement les femmes qui accouchaient physiologiquement, ou les soins prodigués par les sages-femmes et les matrones.

La discipline obstétricale même, s’est donc construite sur une vision hautement anxiogène et pessimiste de la naissance, que l’on comprend parfaitement vu les conditions de vie et de travail des fondateurs de cette discipline, contrairement à la profession de sage-femme traditionnelle. Les sages-femmes accompagnaient les femmes depuis toujours et avaient tout le loisir d’observer et comprendre la physiologie. Malheureusement à cette époque il n’y avait pas de place pour les femmes (ou de façon exceptionnelle) et encore moins pour les femmes de savoirs.

Mais cette époque est aussi le début de la prise de contrôle de l’église, de l’Etat et des hommes sur le corps des femmes et de ce fait de la construction du paradigme patriarcal encore en cours de nos jours. Nous ne développerons pas plus ici tant le sujet est riche et nécessiterait de développement.

Une obstétrique hospitalière née de la dystocie

C’est donc pour répondre à leurs problématiques de médecins centrés sur des situations pathologiques dans des contextes à risque que l’obstétrique s’est développée. Une obstétrique née de la dystocie et dans la dystocie donnant une vision fortement biaisée de la naissance ! Toutes sages-femmes ayant alterné différents postes dans des structures de niveau de soins différents sait à quel point le contexte dans lequel nous exerçons modifie notre perception de l’enfantement. Et dans une même structure, toute équipe qui fait face durant une période à différentes situations difficiles va être impactée et ses procédures également.

Les médecins de l’époque ont étudié et décrit la naissance en observant des femmes dans des situations critiques, à l’époque du tout domicile, puis des femmes accouchant en milieu hospitalier, soumises à des contraintes de lieu et de temps et avec des profils à risque. Confrontés à ces pathologies, ils ont cherché des solutions et ont créé des interventions qui ont sauvé des vies… mais pas que… et sont encore actuellement de précieux recours en cas de pathologies AVÉRÉES.

Comme nous l’avons exposé précédemment, toutes femmes confondues, parmi les principaux facteurs qui ont amélioré la santé des citoyens nous retrouvons l’amélioration du statut des femmes dans la société et la régulation des naissances. Meilleure santé, meilleures conditions de vie, meilleures conditions de travail… sont, avec l’hygiène, autant de facteurs ayant permis la diminution de mortalité néonatale et maternelle.

Rappelons enfin que, comme l’a développé de manière brillante Stéphanie St Amand [4] dans son important travail sur la question de l’enfantement, si l’on rapporte l’histoire de l’humanité sur une échelle de 24 heures, la médicalisation de la naissance ne représente que 30 secondes ! Durant les 23 heures, 59 minutes et 30 secondes qui ont précédé, l’humanité a survécu au point d’atteindre un état de surpopulation, les femmes ont enfanté le monde avec leurs seules ressources et l’aide de femmes avisées.

Depuis quelques années, le paradigme obstétrical actuel est régulièrement remis en question par les découvertes scientifiques et sociologiques. Les praticiens hospitaliers et les instances scientifiques eux-mêmes revoient leurs procédures et leurs façons de traiter les parturientes. Et admettons-le, c’est un vrai défi aux vues de la culture médicale actuelle pour les praticiens de notre époque (toutes professions confondues) de revoir leur système de pensée mais aussi pour la population générale.

Le risque réel versus l’incertitude qui génère la peur

Donc malgré une littérature scientifique de plus en plus riche, le risque autour de la morbi-mortalité en cours d’accouchement reste largement brandi dans notre pays et en particulier lorsqu’on envisage de délocaliser la naissance en extra-hospitalier.

Le risque réel de l’AAD, comme le démontre l’étude qui a donné lieu à cet article, ne semble pas celui intégré par notre collectivité. Malgré tout, même lorsque nous objectivons et relativisons ce risque réel par des études, reste la peur de l’incertitude. Et en effet, notre société est désormais une société du risque. Le risque est devenu une dimension constitutive de la modernité au sens où l’avenir dépend désormais de décisions dont les conséquences sont incertaines.

L’obstétrique moderne suit tout naturellement ce même mouvement et vise, en utilisant les mêmes codes que les entreprises et les politiques, à limiter au maximum les surprises, à anticiper/organiser/protocoliser, afin d’obtenir un résultat « parfait » ou presque. L’utopie d’un risque zéro combinée au culte de la médecine a conduit à une idéologie préventive dépassant toute évaluation statistique. Nous constatons d’ailleurs bien la part de plus en plus importante que prennent les sociétés d’assurance dans le milieu médical, allant jusqu’à évaluer et définir les politiques de service des hôpitaux.

Les professionnels noyés dans ce contexte ont besoin de tenter de « rationaliser » le corps de la femme et du fœtus pour faire face aux exigences de cette société [5]. La majorité des familles sont elles aussi dans cette dynamique.

Changer le paradigme tout en répondant aux codes sociétaux ?

Pour conclure, nous constatons que si nous souhaitons réellement modifier le paradigme actuel, les données scientifiques ne suffiront pas. L’AAD et ses praticiennes, pour s’intégrer véritablement au système de soin, dans l’intérêt des familles, doivent non seulement donner des preuves de leur sécurité mais aussi répondre au besoin de « contrôle » de notre système sociétal.

Tout l’enjeu étant que cela ne se fasse pas au détriment du savoir accoucher inné des femmes et de l’art de la pratique sage-femme mais simplement en trouvant une saine interdépendance entre 2 mondes différents mais ayant le même objectif : permettre aux femmes de vivre l’enfantement de manière épanouissante et sécuritaire.

Floriane Stauffer-Obrecht pour l’APAAD

[1]Eileen Hutton ; 2019 ; Perinatal or neonatal mortality among women who intend at the onset of labour to give birth at home compared to women of low obstetrical risk who intend to give birth in hospital: A systematic review and meta-analyses

[2] Marjorie Tew ; 1990 ; Safer Childbirth: A Critical History of Maternity Care,

[3]Marie-france Morel; Histoire de la naissance en Occident (XVIIe – XXe siècles)

[4] Stéphanie saint amand ; 2013 ; thèse de doctorat – déconstruire l’accouchement : épistémologie de la naissance, entre expérience féminine, phénomène biologique et praxis technomédicale

[5] Solène Gouilhers-Hertig ; 2017; Gouverner par le risque: une ethnographie comparée des lieux d’accouchement en Suisse romande

Fonds de soutien

Afin de soutenir les sages femmes qui traversent une procédure disciplinaire, l’APAAD a créé un fonds de soutien : participation aux frais d’avocat des sages-femmes AAD, non pris en charge par leur assurance.

Tant que l’Accouchement Accompagné à Domicile ne sera pas pleinement intégré aux parcours de santé proposé aux femmes enceintes, les sages-femmes qui acceptent de répondre aux demandes légitimes des femmes qui font le choix d’envisager un accouchement à domicile seront exposées à des plaintes qui peuvent entraîner une interdiction momentanée ou même définitive d’exercer. Et pourtant toutes les statistiques, internationale mais aussi celles que l’APAAD va publier en septembre pour l’année 2018, prouvent la qualité et la sécurité liée à cette pratique. Les sages-femmes, et les femmes, subissent clairement une discrimination injustifiée. Merci d’avance pour le soutien que vous leur apporterez.

Le lien pour participer : https://frama.link/fondsoutienAPAAD

Fête de l’accouchement à domicile les 11 et 12 mai 2019 à Grenoble

Ne manquez pas ce moment festif et informatif autour de l’accouchement à domicile, organisé par des parents et des sages-femmes. L’APAAD y sera!
Nathalie, membre du bureau de l’APAAD, présentera l’association et ses projets demain dimanche lors de la table ronde de 10h30.

Venez nombreux!


Une femme enceinte emmenée de force à l’hôpital pour que son accouchement soit déclenché

Nous souhaitons partager un événement tragique qui a eu lieu chez nos voisins, dans le Nord de l’Espagne, à Oviedo.

Le 24 avril, la police municipale et une ambulance sont intervenus au domicile d’une femme qui planifiait un accouchement à domicile, pour l’emmener de force à l’Hôpital Universitaire Central des Asturies afin de provoquer l’accouchement. L’ordre judiciaire a été demandé à la juge par l’hôpital lui-même, sous motif de dépassement du terme. Le rapport médical indiquait « un risque d’hypoxie fœtale et de mort fœtal in utero si l’accouchement n’avait pas lieu à l’hôpital. ».

Peu de temps avant elle s’était rendue à l’hôpital pour effectuer les contrôles de bien-être fœtal (monitoring), tout était en ordre. L’hôpital souhaitant provoquer l’accouchement pour dépassement de terme selon leur protocole, le couple leur a répondu qu’ils allaient y réfléchir et sont rentrés chez eux.

Il s’agit d’une atteinte au droit fondamental de la femme enceinte de choisir où, comment et avec qui elle accouche. Cette femme avait décidé de manière informée, et conformément à son droit de patiente, qu’elle ne souhaitait pas un déclenchement médical de son accouchement étant donné qu’elle ne présentait pas d’autres facteurs de risque. La constitution espagnole de 1978 et la Loi espagnole d’Autonomie du Patient 41/2002 garantissent les droits fondamentaux à l’autonomie et au consentement informé. Être enceinte ou en travail d’accouchement ne sont pas des limites à ces droits, mais au contraire une protection spéciale en accord avec le traité international CEDAW 1979 y sa « Recomendación Salud y Mujer » nº 24, tous deux ratifiés par l’Espagne.

Il s’agit d’un abus de pouvoir commis par un hôpital qui a fait passer des protocoles et des opinions personnelles au-dessus des droits humains d’une femme en pleine possession de ses facultés mentales. Sur un plan médical, la seule possibilité aurait été de soumettre la femme à une évaluation psychiatrique s’il y avait un doute sur son état mental. En sachant que c’est une femme lucide, intelligente et bien informée, selon la loi rien ne justifiait de la soumettre à un traitement médical contre sa volonté, et cela même si un obstétricien évoque un risque potentiel encouru par le fœtus. Dépasser les 42 semaines d’aménorrhée ne fait pas perdre à la femme ce droit inaliénable à l’autonomie.

Ce matin, 26 avril, cette femme a finalement subi une césarienne pour stagnation du travail et épuisement, le bébé allait parfaitement bien. Comment pouvait-il en être autrement dans un tel contexte ?

Nous envoyons nos meilleures pensées à cette femme qui a été contrainte à accoucher dans un lieu imposée et avec des professionnels qu’elle n’a pas choisis. Nous pensons à sa famille, à sa sage-femme aad qui l’a accompagnée avec professionnalisme et continue de le faire dans le post-partum, et aux associations et militants espagnols qui soutiennent cette famille et feront reconnaître cette injustice pour que cela ne se reproduise plus.

Une pétition a été lancée par l’association d’usagers El Parto es Nuestro (« l’Accouchement est à nous »).

Le Conseil d’Administration de l’APAAD.

Sources:

Campagne de Recensement des sages-femmes accompagnant les naissances à domicile en France

En début d’année l’APAAD a effectué le recensement des sages-femmes accompagnant les accouchements à domicile (AAD).
En effet, les listings que l’on peut trouver n’étaient pas à jour, souvent des demandes de contacts pour des patientes restent sans réponse et nous spéculons régulièrement sur le nombre de sages-femmes en activité, car celui-ci est fluctuant.
Il nous semblait donc essentiel de faire le point, et je me suis chargée de contacter directement chaque sage-femme pour la mise à jour. Je me suis basée sur le listing de Sophie Lavois, de l’ANSFL, et le mailing group « pour agir ensemble » (PAE). Ces échanges ont également été l’occasion d’informer mes consœurs sur la création de notre association, issue d’un groupe de travail motivé de sages-femmes de PAE.
Ce travail a donné des informations précieuses.

Démographie des sages-femmes AAD
Il y a donc 115 sages-femmes en France concernées par la pratique de l’AAD dont 81 pratiquent actuellement. 8 sont en pause et 26 ont arrêté pour raisons professionnelles ou personnelles.

Activité
Le nombre moyen d ‘AAD par an est de 1820. Si on rajoute les AAD potentiels des sages-femmes ne pratiquant plus (en pause ou en arrêt) on arrive à un total de 2260 AAD par an.

Chasse aux sorcières ?
On répertorie 24 plaintes contre des sages-femmes AAD ces dernières années.
11 plaintes concernent des sages-femmes actuellement en activité, 4 concernent des sages-femmes en pause et 9 concernent des sages-femmes en arrêt.
Des pressions ou menaces sans plaintes sont relatées par 7 sages-femmes (3 venant des Conseils Départementaux de l’Ordre des Sages-femmes et 4 de maternités)
Concernant l’origine des plaintes :
_ 5 viennent de Gynécologues-Obstétriciens
_ 5 viennent des Conseils Départementaux de l’Ordre des sages-femmes
_ 2 viennent d’Agences Régionales de Santé
_4 viennent d’autres acteurs (médecin généraliste, SAMU, procureur de la république)
_8 viennent de patientes
Concernant l’issue des plaintes :
_ 8 plaintes ont été classées sans suite
_ 1 a été suivie d’un avertissement
_ 1 a été suivie d’un blâme
_ 4 ont donné lieu à des interdictions d’exercice temporaires ou partielles (1 mois, 1 an,
interdiction d’exercer les AAD avec la possibilité de poursuivre une activité libérale), la 4ème n’étant pas précisée
_ 4 ont été suivies de radiations
_ 5 plaintes sont en cours de traitement.
_ On note aussi 1 sage-femme ayant dû rembourser des actes à la CPAM

Perspectives
Je regrette de ne pas avoir demandé d’autres renseignements, tels que les dates de début et de fin d’activité, mais j’ai eu le sentiment qu’une nouvelle génération de jeunes sages-femmes se lance dans l’aventure de l’AAD, quelquefois juste après leur diplôme, ou après une carrière très courte en maternité.

J’ai également eu le sentiment qu’il y a une conscience, une évidence et un besoin de travailler dans le respect de la physiologie et des femmes et que cela est plus fort que les peurs ! Conscience aussi, peut- être, des violences obstétricales infligées aux femmes, mais aussi de la violence infligée aux sages-femmes.

J’ai personnellement pris conscience de cela très fortement lors des congrès de Midwifery Today, car c’est une thématique qui y est toujours présente. J’ai été émue de témoignages de jeunes collègues dévastées par ce qu’elles subissaient ou devaient faire subir. Il y a d’ailleurs des sages-femmes qui désertent rapidement notre profession, dépitées, déçues également d’un manque de reconnaissance.
J’ai entendu plusieurs fois les difficultés en lien avec cet exercice particulier. Outre les pressions ou menaces du système, il y a la difficulté d’articuler vie familiale et professionnelle, la lourdeur de l’astreinte, des distances à parcourir faute de collègues proches ou le besoin de trouver une collaboratrice.

Quelques unes ont fait le choix principal d’un plateau technique ou d’une maison de naissance et ne pratiquent que rarement les AAD, qu’elles ont abandonnés du fait de ces difficultés.
Mais d’autres exercent quasiment exclusivement cette pratique.

Nous avons un besoin essentiel de créer du lien entre nous, échanger, coopérer, nous soutenir.
Des groupes de pair commencent à se réunir, afin de se connaître mieux, de partager les pratiques, de travailler sur les problématiques communes (par ex les transferts SAMU).
L’essor du groupe « Pour agir ensemble » est significatif de ce besoin et d’un tissage de liens qui se met en place.
Cette notion de communauté de sages-femmes, de connexion est une évidence outre-atlantique, le Midwifery Today en témoigne. Je sens que c’est quelque chose qui commence à prendre forme ici aussi… Je le sens avec bonheur, car c’est dans cette communauté que je m’inscris et prend place.

L’APAAD a pour vocation de nous rassembler autour de nos pratiques, nos valeurs, notre éthique, d’asseoir notre légitimité, et cette aventure est bien prometteuse !

Emmanuelle OUDIN, membre du conseil d’administration de l’APAAD.

Formation urgences obstétricales et néonatales en milieu extra-hospitalier

En mars, l’APAAD a proposé la formation « urgences obstétricales et néonatales en milieu extra-hospitalier » en Alsace.

Une formation importée par Isabelle Brabant

Isabelle Brabant est Sage-femme, Instructrice de FUO, au Regroupement des sages-femmes du Québec (RSFQ), écrivain-conférencier. Elle transmet actuellement cette formation à certaines de nos membres qui sont ses co-instructices. Elle la présente ainsi :

Depuis plusieurs années, mes activités de conférencière m’amènent en France, en Belgique et en Suisse, où j’ai eu le plaisir de rencontrer de nombreuses sages-femmes qui pratiquent en libéral, soit en « plateau technique », en « maisons de naissance » intra-hospitalières, soit à domicile. Comme en fait foi la pratique sage-femme qui a été développée au Canada, le fait de ne travailler qu’auprès de femmes en bonne santé dont la grossesse et le travail se déroulent normalement, fait en sorte que nous ne rencontrons que rarement de vraies situations d’urgence.  D’où l’importance de réviser et de maintenir à jour régulièrement les gestes et conduites à tenir en de telles situations. Mes visites m’ont permis de constater que les sages-femmes libérales n’ont pas accès à une formation sur les situations d’urgence semblable à la formation canadienne.

C’est suite à ce constat que j’ai décidé de donner une version adaptée de la formation canadienne à mes consœurs françaises […]

La formation en urgences obstétricales offre des simulations réalistes où chaque participante doit mettre en pratique et démontrer sa compétence en gestion de situations d’urgence. Le ratio instructrice/participantes ne doit pas dépasser 1/4. Les situations retenues pour l’apprentissage pratique sont :

  • Hémorragie postpartum
  • Fréquence cardiaque fœtale anormale
  • Procidence du cordon
  • Dystocie des épaules
  • Accouchement d’urgence d’un siège

La pérennisation de cette offre de formation en France

Pour nous à l’APAAD, la qualité et le professionnalisme des accompagnements est essentiel. En tant que sage-femme, nous avons l’honneur et le privilège d’être invitées par des familles à les assister pour accueillir leurs enfants au sein de leurs foyers. La plupart du temps notre présence n’aura d’autres fonction que d’accompagner, rassurer, soulager. Toutefois parfois, la mère ou l’enfant auront besoin d’une assistance médicale et c’est pour y répondre que nous avons été conviées. Il est donc de notre devoir d’être toujours prête à réagir, rapidement et conformément aux données acquises de la science.

Pour ces raisons, l’APAAD va continuer de proposer cette formation. Elle réfléchit actuellement avec Isabelle et les 6 sages-femmes l’ayant assistées en tant que co-instructrice depuis 2016, à la meilleure façon de la pérenniser et la faire reconnaître en France.

Une prochaine session devrait avoir lieu en novembre 2019. N’hésitez pas nous contacter si vous souhaitez en bénéficier ou l’organiser dans votre région.

Témoignage de participante

Une des anciennes participante témoigne ainsi de son expérience

« Cette formation m’a fait découvrir une « souveraineté » professionnelle, une autonomie que je ne connaissais pas. J’y ai appris des gestes et des conduites à tenir élaborés par des sages-femmes, pour des sages-femmes. »

Floriane Stauffer-Obrecht, co-dirigeante de l’APAAD